Un verbe au présent de l'indicatif au pluriel peut-il rimer avec un mots à la rime au pluriel
elles tombent
comme des bombes ?
Sujets connexes :
Attention ! Le genre des rimes n'a rien à voir avec le genre grammatical !
Ce qui est difficile, dans la question du genre des rimes, c'est qu'il s'agit de "rimes" visuelles ; ce sont des "lois" purement graphiques. Le terme "rime" est trompeur, car on s'attend à ce que cette loi porte sur un son, sur quelque chose que l'on entend.
Tout vers se terminant par une lettre autre que "e" porte une "rime" MASCULINE (sauf exceptions)
Par exemple :
Vous estes en des lieux où les champs tousjours vers, Pource qu'ils n'ont jamais que de tièdes hyvers...(François Malherbe, A Madame de princesse douairière Charlotte de la Trimouille)
tout vers se terminant par un "e" (suivi ou non des terminaisons -s ou -nt) porte une "rime" FEMININE. Bien entendu, si le dernier mot du vers se termine par un -ent se prononçant de manière nasale comme dans "vent", il sera considéré comme une rime masculine.
Exemple de rimes féminines où le E n'est pas graphiquement la dernière lettre (on note l'absence d'alternance) :
Au matin, bien reposée, Tu fuis, rieuse, et tu cueilles Les muguets blancs, dont les feuilles Ont des perles de rosée.(Charles Cros, Vision)
Pour comprendre à quoi correspond le E muet, on peut prendre l'exemple du verbe "manger" dont la conjugaison au présent est - à l'oral - assez uniforme : Je mange, tu manges, il mange, ils mangent : quand on le prononce, on entend toujours le même son final qui est un "j" et non un "eu" comme dans "feu". Les E finaux, suivis ou non de -s ou -nt sont donc des e muets (dits aussi e caducs). Et toutes ces terminaisons du verbe manger au présent sont donc des rimes féminines si elles sont placées en fin de vers (donc, à la rime), et ce malgré la présence du -s et du -nt.
De plus, les participes passés féminins "mangée" et "mangées" sont aussi des rimes féminines du fait de la présence finale du -e caduc (le dernier son prononcé est bien un é et non un "eu").
Quoy donc, grande princesse, en la terre adorée, Et que mesme le ciel est contraint d'admirer, Vous avez résolu de nous voir demeurer En une obscurité d'éternelle durée?(François Malherbe, A Madame de princesse douairière Charlotte de la Trimouille)
Pour compliquer le tout, certaines formes verbales font exception. En effet, sont considérées comme des rimes masculines les deux formes du subjonctif qu'ils "aient" et qu'ils "soient", ainsi que toutes les formes du conditionnel et de l'imparfait en -aient (ils mangeraient, ils mangeaient), malgré la présence de "e" muet devant "nt" ! Il faut bien identifer ces temps, car les terminaisons en -aient des autres temps seront considérées comme féminines !
Dans toutes les formes "traditionnelles" de poésie (le sonnet par exemple), les rimes sont organisées selon un principe d'alternance entre rime féminine et rime masculine.
Exemple :
"Dans un mois, dans un an, comment souffrirons-nous, Seigneur, que tant de mers me séparent de vous ? (rime masculine) Que le jour recommence, et que le jour finisse, Sans que jamais Titus puisse voir Bérénice... (rime féminine)(Jean Racine, Bérénice, Acte IV, scène 5)
Cette règle de l'alternance des rimes féminines et masculines est apparue en France au cours des XIIe et XIIIe siècles, alors que les E finaux étaient prononcés (comme aujourd'hui dans le Sud de la France). C'est le poète Jean Molinet, à la fin du XVe siècle qui énonce cette loi (le E final étant encore prononcé), laquelle est ensuite reprise par les poètes de le Pléiade (Ronsard, Du Bellay and Co.) qui la recommandent. C'est Malherbe, au début du XVIIe siècle, alors que le e final ne se prononce plus, qui l'érige en loi. Elle est respectée jusqu'au milieu du XIXe siècle.
Que le soleil est beau quand tout frais il se lève, Comme une explosion nous lançant son bonjour ! - Bienheureux celui-là qui peut avec amour Saluer son coucher plus glorieux qu'un rêve !(Charles Baudelaire, Le coucher du soleil romantique)
Et je chantais cette romance (F) En 1903 sans savoir (M) Que mon amour à la semblance (F) Du beau Phénix s'il meurt un soir (M) Le matin voit sa renaissance. (F)(Guillaume Apollinaire,La Chanson du Mal-Aimé)
Paul Valery, dans son poème La fileuse, n'utilise que des rimes féminines.
Les poètes modernes, à commencer par les symbolistes, tentent de bouleverser les règles classiques de rime, soit en y renonçant totalement soit en pratiquant la rime approximative. Celle-ci autorise à rimer
Mon verre est plein d'un vin trembleur comme une flamme Écoutez la chanson lente d'un batelier Qui raconte avoir vu sous la lune sept femmes Tordre leurs cheveux verts et longs jusqu'à leurs pieds.(Guillaume Apollinaire, Nuit rhénane)
Longtemps au pied du perron de La maison où entra la dame Que j'avais suivié pendant deux Bonnes heures à Amsterdam Mes doigts jetèrent des baisers...(Guillaume Apollinaire, Rosemonde)
On remplace aussi l'alternance rimes masculine/féminine par l'alternance de rimes consonantiques et de rimes vocaliques. La rime consonantique se termine par une consonne phonique et la rime vocalique par une voyelle phonique. Par exemple :
Dans les roseaux, vis-tu, sur un fleuve bleuâtre, Le soir, glisser le front de la pâle Phoebé ? - Elle dort dans son bain et sa gorge d'albâtre, Comme la lune, argente un flot du ciel tombé.(Stéphane Mallarmé, Rêve antique)
Solutions :
Un verbe au présent de l'indicatif au pluriel peut-il rimer avec un mots à la rime au pluriel
elles tombent
comme des bombes ?
Maria je cherche
entre rimes féminines
entre Assassines au pluriel et enracinent verbe conjugué